Racines d'une association. Chapitre 4.

 

Notre « Club » s’agrandit.


Suite au départ des deux prêtres ouvriers le moral du curé remonte. Du coup il nous autorise à occuper la grande salle qui se situe au dessus du cinéma. Dans les années 1900 c'était une chapelle. On a carte blanche (et les finances) pour la restaurer à notre goût.

Un de nous nous suggère de lui donner une allure de vieux ranch. On crépit les murs avec du plâtre, on bâtit une fausse cheminée, on la décore d'un lustre à bougies (des imitations), d'une roue de charrette.

Pour les quatre grandes poutres du plafond on décide de les mettre en valeur. Avant de les teinter et les vernir il faut donc les décaper et les poncer. C’est moi qui suis chargé de cette opération délicate qui a failli tourner au drame. On m’avait prêté une énorme ponceuse à disque professionnelle que je portais à bout de bras avec difficulté en haut d'une échelle branlante. Suite à un faux mouvement, son fil électrique s’est entouré autour du disque et fut coupé net. J’aurais pu m'électrocuter ce jour là.

Un autre incident s'est produit lorsqu'on a voulu retirer les fers à U de 30 cm de long qui soutenaient les supports des statues de la chapelle. Au lieu de les dégager proprement avec un burin et un marteau, on leur tapait dessus à grands coups de masse. Les fers à U vibraient, jouaient le rôle de ressort mais restaient toujours bien scellés.

On a du renoncer à cette méthode quand le fils du pâtissier est arrivé en courant pour nous dire d'arrêter de taper. En effet, le mur étant mitoyen avec celui de la pâtisserie, les vibrations avaient fait disjoncter les armoires électriques de commande des fours.

Malgré ces petits incidents on a tout de même terminé les travaux.

La salle est magnifique mais son utilisation fut de courte durée, comme toutes nos activités qui se sont dégonflées comme un ballon de baudruche.


On tue notre temps.

On prend (ou tente) quelques initiatives pour se distraire. On possède un tourne disques (avant de se le faire voler), on organise une « boum », on va se baigner au pain de sucre en face de Mourepiane, mais surtout on glande et on supporte tant bien que mal quelques jeunes intrus peu fréquentables.

Deux d’entre eux venaient du quartier de l’Estaque et cherchaient comme nous à tuer le temps. L’un des deux nous le surnommions l’endormi, il paraissait toujours avoir sommeil. Un jour son acolyte est arrivé seul et nous apprend que « l'endormi » est en prison.

On a eu l’explication de ses somnolences : Dans la nuit il allait cambrioler les maisons.

Bien que pas intéressants, ces deux énergumènes ne nous dérangeaient pas trop. Ce n'était pas le même topo avec des bandes de jeunes de quartiers. Ils s’identifiaient aux fameux blousons noirs. Nous avons eu quelques fois des tentatives d’intrusions de ces jeunes-là. Il n’y a jamais eu de bagarres, on arrivait à les dissuader de nous laisser tranquille en discutant. Une fois c’est même le curé qui les a raisonnés en brandissant la menace de faire intervenir son cousin qui était commissaire divisionnaire ! Ça va être terrible pour vous leur avait-il crié !

Un jour, l’un d’eux s’est retrouvé dans le coma suite à un accident de cyclomoteur. Du coup les copains de sa bande venaient tous à l’église solliciter le curé, lui demandant de prier pour sauver leur camarade. Ce dernier s’est par la suite rétablit. A partir de ce jour-là cette bande n’est plus revenue nous enquiquiner.


On réhabilite une piscine.

C’est la fin du mois de juillet. Il fait si chaud qu’on décide de se baigner dans le bassin de jardin situé derrière la première petite salle que nous avait attribué le curé.

Ce bassin qui servait à alimenter en eau le jardin du voisin était équipé d’une rampe de sécurité, d’une échelle fixe et son mur très large permettait de circuler sans danger. En fait il avait été aménagé pour la baignade des plus grands dans les années glorieuses du patronage dans les années trente.

L’eau est trouble mais on s'y baigne volontiers et c’est seulement une semaine après qu’on décide de vider le bassin pour le nettoyer. A notre grande stupéfaction, on y découvre au fond 20 cm de vase, des détritus, un squelette de chat, un pneu, des bouteilles en verre… Une fois propre on remet l’eau mais c’est un petit filet qui coule car notre quartier n’est pas encore équipé d’un réseau d’eau sous pression. On n’est jamais arrivé à remplir le bassin, la fin de l’été est arrivé avant, et c’est le cas de le dire notre projet est tombé à l’eau.


Un ciné-club

La cabine de projection étant toujours fonctionnelle, on décide de relancer le cinéma en créant un ciné-club. On se retrouve donc un soir pour projeter un grand film en cinémascope « Le Secret du Grand Canyon »..

Le scénario n'était pas exceptionnel, mais la scène finale, une bagarre dans une nacelle surplombant le grand canyon était grandiose.


Après la projection, le thème du débat a été :

Est-ce que le bandit qui tombe de la nacelle est mort écrasé au sol ou par une crise cardiaque pendant sa chute avant d'arriver à terre.

Notre débat volait bas !

C’est la seule séance que nous avons organisée, le ciné-club n'était pas pour nous.




Prochain chapitre : Je quitte le club.








Commentaires