J'obtiens le diplôme de moniteur de colonie de vacances.
Ma voisine de quartier encadrait des enfants en colonie de vacances après avoir suivi sa formation avec les CEMEA (Centre d’Entraînement Aux Méthodes d’Éducation Active). Lors d’une discussion, elle me conseille de faire de même et me donne une brochure explicative avec les dates du prochain stage de cet organisme. Je suis séduit, mes parents sont d’accord et je m’inscris à une session programmée pour les vacances de printemps. C'est à Seynes les Alpes qu'elle se déroule. Je suis alors plongé à fond dans un programme intense avec des débats, des jeux, des chants, des travaux manuels, des réunions, des rencontres avec les gendarmes de montagne, ainsi que des discutions à n'en plus finir... Un autre monde s'ouvre à moi. Un coup de fouet qui me redonne de l’énergie et me sort de la période morose que je traversais.
En Août les CEMEA me proposent un poste à Devesset en Haute Ardèche.
La colonie est gérée par la ville de Carpentras. C’est un centre bien rodé, bien dirigé, parfois de manière spartiate, mais l’ambiance y est familiale.
J’apprends beaucoup et j’exerce une fonction dans l’animation avec une grande passion avec plein d'idées, plein d'initiatives. Enfin je m'éclate !
Ma prestation fait que le directeur me recrute pour les deux mois l'été suivant.
C'est à partir de ce moment là que j'ai mis les pieds dans le Vaucluse et que la Grande Aventure a commencé.
Il faut croire que j’étais un bon élément, les CEMEA me proposent d'être instructeur de stage. Pour Pâques je participe à une petite formation interne et pour les vacances de printemps c'est dans la vallée du Jabron que je suis intégré à une équipe d’instructeurs pour un stage B.A.F.A. Ce dernier réunit une trentaine de stagiaires, principalement des étudiants issus de milieux très différents qui ont souvent chauffé les réunions par des débats mouvementés. L'un d’eux se prétendait maoïste. Il nous faisait rire avec ses théories qui se terminaient toujours sans solutions et en queue de poisson. La responsable de stage nous avoua qu’elle en était dévariée. Il s’en était même suivi entre nous un débat sur ce fameux mot dévarié. Etait-il bien français ? En fait il n’existe pas dans le dictionnaire mais, dérivé du latin variare, il est principalement utilisé dans la région de Nîmes.
Pour se détendre de nos journées chargées, un jeune normalien animait la soirée avec sa guitare et des chansons (principalement de Joe Dassin). Au fourneau nous avions une jeune cuisinière sympa. Un jour, avec sa complicité, j’ai coupé le vin rosé qui était servi à la table des stagiaires avec de l’eau jugeant qu’ils buvaient trop d'alcool !
J'ai poussé la supercherie en leur faisant la remarque à table « Je le trouve léger ce vin, je parie qu'ils nous le coupe avec de l'eau ! ». Ils m’ont donné raison mais dans le doute n'ont pas oser s'en plaindre.
Je garde un très bon souvenir de cette expérience d’instructeur. Elle a malheureusement été de courte durée.
En effet quelques jours après ce stage, la responsable nous invite chez elle pour un débriefing.
C’était sympa jusqu’au moment où, en fin de repas, les discussions se sont orientées vers un débat très houleux sur mai 68. La fille qui avait fait parti de notre équipe, novice comme moi, était présente à cette réunion.
Nous écoutions poliment, et au vu de son regard, j’ai compris qu’elle pensait la même chose que moi : Que fait-on ici ? Le lendemain je donnais ma démission aux CEMEA. La politique n’était pas encore pour moi.
L'année suivante, je retrouve la colonie « Les bleuets ». Cette fois ci c’est pour juillet et d'août.
Avec un directeur, un sous-directeur, une dizaine d’animateurs, une infirmière, le personnel de cuisine et de salle, les enfants, nous atteignions facilement un effectif de 90 personnes par séjour. Nous n'avions pas le temps de nous ennuyer. On ne comptait pas les heures. Il nous arrivait parfois de préparer une activité pendant nos congés ou durant les siestes.
En 1972 je renouvelle mon poste d’animateur à Devesset pour les deux mois. Encore un séjour de folie qui me fait oublier mon deuxième échec au bac et mon incorporation pour le service militaire qui est prévue pour le mois de décembre.
En attendant, mon père me fait embaucher dans l'usine de carrelage céramique où il occupe la place de contremaître. Pendant les trois mois passés dans cette petite fabrique j'ai connu tous les postes. J'ai commencé par la trituration où je devais casser les grosses mottes d'argile avec un piolet pour quelles soient plus assimilables par le broyeur mécanique, un véritable travail de bagnard. Ensuite j'ai été affecté au rangement des carreaux sur les palettes, aux transferts de wagonnets dans la chaîne d'usinage, au chargement des camions (à la main ou avec un chariot élévateur).
Fin novembre je reçois enfin ma feuille de route pour être incorporé le 1er décembre au 151 régiment du train à Fontainebleau, à 2km de son magnifique château.
Bien qu’il ne soit pas loin, ce n’est pas la vie de châtelain qui m'attend. J’y passe tout de même quelques bons moments. On me forme pour être moniteur d’auto-école et on me nomme Brigadier. Je donne des cours de code, de conduite et même de mécanique. Un jour j'explique à mon stagiaire comment faire un créneau mais après maintes manœuvres je gare la jeep toute en travers. Il prend à son tour le volant et réalise de façon parfaite le créneau en deux temps, trois mouvements. Dans le civil il conduisait un camion semi-remorque de 30 tonnes ! J’ai fait profil bas ce jour là.
Quatre mois avant la fin du service je suis nommé Maréchal des Logis. Avec ce grade, on est exempté de travail, on supervise simplement. On nous alloue une chambre individuelle, une solde intéressante, on mange au Mess des officiers... Mais on s'ennuie grave, si bien que j'accepte de participer à un stage que nous propose un Maréchal des Logis d'active (engagé, professionnel). La finalité est d'obtenir le CM1 (Certificat militaire du 1er degré) et d'être nommé Maréchal des Logis Chef !
Il nous présente ce stage comme étant très instructif. « Vous aurez des cours d'histoire, de géographie... » !
Bien qu’ancien, je me suis fait avoir comme un bleu. J'accepte la participation à ce stage et c'est alors la douche froide. Je reçois la convocation avec son programme : footing, marche commando, natation, parcours du combattant, tir à balle réelle, combats…) !
Je reviendrai dans un autre chapitre sur le déroulement de ce stage car il n'est pas piqué des vers. J'ai tout de même réussi à obtenir le diplôme, certes avec mention passable, mais je l'ai eu !
Le 27 novembre je suis « libéré » de l’armée, toujours sans BAC, sans formation (celle de moniteur d’auto-école n’étant pas reconnue dans le civil), sans travail, c’est l’angoisse la plus totale.
Le 11 décembre une annonce dans le journal parait. On recrute aux Tuileries de Marseille, un aide de laboratoire, niveau B.E.P.C., (ce diplôme qu'on m'avait donné en 68) !
Je me présente le 12 décembre, je suis embauché et le 13 je commence à travailler, ce sera pour 40 ans dans cette même société.



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