La fréquentation du patronage.
Bien qu'étant un patronage catholique, nos après-midi récréatives étaient ouvertes à tous. Des petits algériens issus des bidonvilles alentours venaient donc assister à ces projections.
L’ambiance n’était pas la plus cordiale avec eux, ils étaient seulement « acceptés ». Bien plus tard j’ai eu l'occasion d'entrer dans un de ces bidonvilles, un copain de classe maghrébin m'y avait emmené. Quel choc quand j'ai vu leurs abris car c'est bien ce mot qu'il faut employer, ce n'était ni des maisons ni des logements... J’ai alors réalisé que, pour seulement 1 franc, les petits algériens qui fréquentaient notre patronage jouissaient peut-être du seul moment de bonheur en oubliant pour une après-midi la dureté de leur vie quotidienne. Sans le savoir dans mon engagement dans l'animation j’avais touché du doigt la laïcité et le social.
1967, la déception.
Pour la troisième année je passe le mois d’août en colonie organisée par la paroisse. C’est l’abbé qui en assure la direction officielle. Il n’avait pas aimé auparavant le local de Saint Bonnet en Champsaur (j'en parlerai plus tard) car trop rustique et manquant de commodités. Moi je l’aimais bien. C’est donc à Pradelles (haute-Loire) que nous séjournions pour la troisième année consécutive. Cette colonie était effectivement un beau bâtiment avec douches, baignoire, parquet en bois. Elle appartenait à la paroisse de Saint Jean Baptiste située dans les quartiers huppés de Marseille.
En assurant des responsabilités au patronage, je pensais être entré dans la cour des grands. J’étais tout de même le seul à m'occuper des jeudis et dimanches après-midi. L’abbé m’avait fait miroiter qu’en colonie je tiendrai le rôle de factotum ou aide moniteur. Il n’en fut rien. Il me plaça dans une équipe comme un simple colon encadré d'un moniteur et d'un aide moniteur. Juda n'aurait pas fait mieux.
Frustré de ne pas pouvoir exercer librement des fonctions de responsabilités, j’ai tout de même passé des vacances agréables dans l’ambiance familiale de cette colonie.
1968, l’abbé a quitté la paroisse, le patronage cesse son activité, en mai la France est en grève
Pour la rentrée scolaire de septembre je reprends tout de même mon rôle de projectionniste, bien obligé, il n'y a personne pour me remplacer. La télévision prend de plus en plus de place dans les foyers . Plus beaucoup de jeunes fréquentent nos séances de cinéma à l’exception des petits algériens, chez eux ils n'ont pas de télévision, ni électricité d'ailleurs.
Le patronage est voué à la fermeture et c'est en février qu'un événement lui a donné le coup de grâce, l'abbé prend du grade, l’évêché le nomme Curé à Cuges les Pins mais ne nomme aucun remplaçant. Le Curé n'ayant pas le temps de tout faire décide de mettre en veille le patronage.
Mai 68, j’ai redoublé la 3ème et mon collège est parfois en grève, pour faire comme les autres. En fait on ne savait pas pourquoi mais c’était juste pour sécher les cours. Pour calmer les esprits l’académie décide de réduire les épreuves du B.E,P.C.. Il se résume à trois matières seulement et il est pratiquement donné à tout le monde, un peu comme le bac actuellement.
L’été est précoce, il fait très chaud.
Certains jours de grève on va se baigner à Mourepiane, sur une jetée appelée « Le pain de sucre ».
Retournons à la paroisse.
En avril l’évêché se réveille et prend conscience que le Curé est seul et, qui en outre, n'est plus tout jeune. Deux prêtres-ouvriers sont donc nommés pour le seconder partiellement. Partiellement car en fait ils sont souvent absents.
Le patronage et le cinéma ne sont pas la tasse de thé de ces deux prêtres, ils n’ont surtout pas de temps de libre pour s’en occuper ! Dans la journée ils travaillent dans une usine (ou font grève). Le soir ils participent à des réunions organisées par la CGT (mai 68 se prépare). Ils ne s’entendent pas avec le Curé, ils sont de gauche, lui de droite et n'ont nul envie de gérer des après midi récréatives pour les enfants.
On ferme les locaux, le patronage c'est fini, c'est triste.
A suivre.
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