Je quitte le Club.
De cette Mini MJC deux événements ont été les signaux de ma passion pour l'animation.
Le premier s'est présenté lorsque j'ai participé à l'organisation d'une sortie de ski à Lure, petite station près de Marseille. La station n’est pas terrible, mais c’est ici que j’ai mis la première fois des skis aux pieds. Ils sont en bois, les fixations sont à ressorts, la neige c’est de la glace. J'ai tout de même passé une bonne journée surtout quand j'ai quitté ces skis pour louer une luge. Cerise sur le gâteau, la station était équipée d'un remonte luge. Nous avons pu renouveler cette activité une deuxième fois dans des conditions similaires. Même topo, skis en bois, pistes verglacées, petit vent glacial, l'horreur. De ces deux journées ce n'est donc pas la pratique de ce sport qui m'avait emballé , mais plutôt le fait d'avoir participé à les organiser. Réserver un car, inscrire les participants, leur louer les skis et chaussures... Autant de petites taches que j'ai personnellement adorées. Motivé par cette expérience je gambergeais déjà sur la faisabilité d'un week-end de ski dans la colonie de vacances de la paroisse à Saint Bonnet en Champsaur, dans les Alpes. C'était en fait une ancienne maison de village, louée pour un bail emphytéotique de 100 ans à la Fraternité des petites sœurs de Jésus. Que demander plus qu'un local qui est libre l'hiver, proche des stations de skis et qui nous serait prêté. Le projet était idyllique mais impossible à réaliser. Cette maison n'était pas chauffée, mal isolée, n'avait pas de douches et encore moins d'eau chaude. J'ai tout de même gardé cette idée en tête et bien plus tard elle s'est en partie réalisée.
Le deuxième signe qui a révélé ma passion pour l'animation s'est déroulé en août 68
Si le patronage est définitivement terminé, le séjour en colonie de vacances pour les enfants du quartier est maintenu. Il se déroule donc en août à dans cette fameuse maison de village citée précédemment.
Le séjour était normalement réservé aux 8-14 ans mais le directeur proposa que quelques ados du Club puissent y participer à un tarif préférentiel. En contre parti il était convenu que nous aurions à accomplir quelques petites tâches (les courses, le service au réfectoire, l'encadrement des tous petits...etc ). Moi j'ai secondé une animatrice responsable d'une équipe de 10 gamins. J'ai eu droit comme elle à une journée de congé ainsi qu'une prime de 30 francs, mes premiers « congés payés » !
Avec cette somme, j'ai pu me payer le restaurant de midi et du soir et faire une balade d'une heure à cheval au ranch de Brutinel.
Comme nous étions en sur effectif, nous logions dans un marabout implanté au fond du « parc ». Une nuit il a plu, le lendemain nous avons dû réorganiser la disposition de nos lits en fonction des gouttelettes d’eau qui ruisselaient de part et d’autre de la toile. C’était un vieux marabout du surplus américain.
Les journées passaient très vite avec les jeux, les promenades, les baignades dans le Drac, les parties de rigolades. Elles se terminaient le soir au bar de Saint Bonnet pour siroter un tango-panaché.
Nous avons tous passé un mois de vacances inoubliables, les quelques photos que je possède en témoignent. C’est un des meilleurs souvenirs qui me reste de notre Club de jeunes surtout quand j'ai pris conscience que j'avais basculé dans le camp des grands en ayant des responsabilités dans l'animation,
Après ce mois d'août de bonheur, c'est la rentrée de septembre, J'entame une 2ème technique au lycée du Rempart, au pied de la Bonne Mère. Ce lycée n’a plus la cote, les grèves de 68 l’ont tué en lui garantissant 95 % d'échec au bac.
Mai 68 est loin mais les assemblées générales pour cesser les cours continuent, même souvent, et pour le moindre prétexte bidon. Après un seconde chaotique, on me laisse passer tout de même en première « E ». C’est la douche froide. Mes notes sont catastrophiques, 6 de moyenne en math, 2 en physique, plus rien ne m’intéresse. J'en viens à acheter, quand je peux, un billet de loterie nationale espérant devenir millionnaire pour quitter cet enfer. Je fabule en envisageant de rentrer dans les ordres, mais comment ? J'ai toujours douté sur l’existence de Dieu.
Au Club, je m’ennuie, je traîne ma peau. L’activité se résume à se retrouver pour discuter de tout, de rien, c’est nul, je perds mon temps. Je prends conscience que notre initiative est vouée à l’échec. Je tourne la page et le Club fera de même peu de temps après.
Prochain chapitre : Je deviens moniteur de colonie de vacances.



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